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Chronologie : 1962 - 1967

1962

2 février : création de Herma par Yuji Takahashi à Tokyo.

Ayant mis au point un programme informatique de composition musicale, Xenakis compose la « famille » des ST, à l’aide des données calculées par l’ordinateur IBM 7090.

24 janvier : ST/48 - 1,240 162, pour orchestre de 48 instruments, qui sera créé seulement le 26 octobre 1968 (« Journée Xenakis » des SMIP, Semaines musicales internationales de Paris).

8 février : ST/10 - 1,080262 et sa réduction pour quatuor à cordes (réalisée par Konstantin Simonovitch) ST/4 - 1,080262, qui seront créés le 24 mai 1962 au siège d’IBM, respectivement par l’Ensemble de musique contemporaine de Paris et le Quatuor Bernède.

3 juillet : Morsima-Amorsima (ST/4 - 1,030 762), créé le 16 décembre à Athènes sous la direction de Lukas Foss, ainsi que sa transcription pour dix instruments Amorsima-Morsima, retirée du catalogue.

6 septembre : Atrées (ST/10 - 3,060 962)  est créé par l’Ensemble de musique contemporaine de Paris sous la direction de Constantin Simonovitch.

25 avril : création de Stratégie au Festival Venezia par l’orchestre du Festival dirigé par Bruno Maderna et Konstantin Simonovitch.

Mai : organisation du « concert collectif » du GRM. Œuvre collective réalisée à partir de fragments composés par les neuf participants (Ballif, Bayle, Canton, Ferrari, Mâche, Malec, Parmegiani, Philippot et Xenakis), la conception de son organisation globale s’oriente selon des principes spécifiquement xenakiens :

« [...] le problème du concert collectif a glissé rapidement sur la pente stochastique.

Notamment, la proposition de Xenakis à la réunion de février chez F. Bayle préconisait l’étude, à l’aide de matrices de probabilités de passage, d’une superstructure qui laisserait la liberté à l’intérieur de chaque séquence choisie par les compositeurs, tout en conditionnant l’ensemble du processus qui serait ainsi rigoureusement et stochastiquement mécanisé. »

« Deux textes préparés pour le concert collectif », premier texte, BNF, Musique, archives Xenakis.

Diverses restrictions sont apportées au projet dont Xenakis, déçu, se retire. Il quitte alors le GRM. Il y reviendra sporadiquement, en particulier pour enregistrer et mixer la bande du Polytope de Montréal, en 1967, et réaliser des versions quatre pistes de Concret P.H. et Orient-Occident (1969).

Xenakis est invité au Festival d’automne à Varsovie. Ses œuvres y reçoivent un accueil très favorable.

25 octobre : création de Polla ta Dhina par Hermann Scherchen au Festival de musique « légère » de Stuttgart.

15 décembre : à Paris, création scandaleuse de Bohor, réalisé au GRM, qui entraînera un froid permanent avec Pierre Schaeffer, dédicataire de l’œuvre.

1963

24 avril : première exécution d’une œuvre de Xenakis au Domaine Musical ; Herma, par Georges Pludermacher, donné avec les Opus 11 et 23 de Schönberg, Inventions d’Amy, Constellation de Boulez, Trio de Kotonski.

« Je reste sceptique au sujet du pianiste proposé par Xenakis. [...] Je suis sûr d’autre part que la pièce de Xenakis lassera ; c’est pourquoi je fais passer Amy auparavant. »

Lettre de Pierre Boulez à Suzanne Tézenas, 16 avril 1963.

Jésus Aguila, Le Domaine Musical. Pierre Boulez et vingt ans de création contemporaine, Paris, Fayard, 1992, p. 31.

Le succès de l’exécution de Herma fut tel que Georges Pludermacher dut la redonner en bis.

Été : invité par Aaron Copland à enseigner la composition au Berkshire Music Center de Tanglewood (Massachusetts). Parmi ses étudiants, Jean-Pierre Guézec et David Del Tredici. Il commence à travailler sur Eonta à Tanglewood et note des «cribles» dans ses brouillons.

Octobre : publication de Musiques formelles. Nouveaux principes de composition musicale, nos 253-254 de La Revue Musicale éditée par Richard-Masse. À cette synthèse reprise de différents articles parus pour l’essentiel dans les Gravesaner Blätter, Xenakis ajoute un nouveau chapitre, « Musique symbolique », se rapportant aux principes compositionnels utilisés pour Herma. Cet ouvrage sera réédité aux éditions Stock en 1981. Il connaît une version anglaise légèrement différente en 1971, rééditée et encore augmentée en 1992.

Automne 1963 - printemps 1964 : Xenakis séjourne à Berlin-Ouest grâce à une bourse de la Fondation Ford. Il y développe ses nouvelles idées compositionnelles (coupure hors-temps/en-temps, cribles), exposées pour la première fois dans « La voie de la recherche et de la question » :

« Il faut distinguer deux natures : en-temps et hors-temps. Ce qui se laisse penser sans changer par l’avant ou l’après est hors-temps. Les modes traditionnels sont partiellement hors-temps, les relations ou les opérations logiques infligées à des classes de sons, d’intervalles, de caractères... sont aussi hors-temps. Dès que le discours contient l’avant ou l’après on est en-temps. L’ordre sériel est en-temps, une mélodie traditionnelle aussi. Toute musique, dans sa nature hors-temps, peut être livrée instantanément, plaquée. Sa nature en-temps est la relation de sa nature hors-temps avec le temps. En tant que réalité sonore il n’y a pas de musique hors-temps pure ; il existe de la musique en-temps pure, c’est le rythme à l’état pur. »

Preuves, no 177, novembre 1965, p. 34.

1964

Janvier : à Berlin, Xenakis écrit son essai « La Ville cosmique » pour le livre de Françoise Choay, L’Urbanisme. Utopies et réalité (Paris, Le Seuil, 1965), qui sera repris dans Musique Architecture, op. cit., 1976. Pour mettre un terme à l’extension horizontale du tissu urbain, il propose un modèle de tours gigantesques de plusieurs kilomètres d’altitude, susceptibles de contenir une forte densité de population humaine. Ce modèle, indépendant des variations climatiques, aurait une vocation universelle.

Juillet : création des Suppliantes (Hiketides) au théâtre d’Épidaure, en l’absence de Xenakis, toujours condamné à mort et déchu de sa nationalité grecque.

16 décembre : création de Eonta au Domaine Musical, commanditaire de l’œuvre, par Yuji Takahashi et l’ensemble du Domaine Musical dirigé par Pierre Boulez. Jugeant la partition injouable telle quelle, celui-ci fait jouer les cinq parties de cuivres par dix instrumentistes selon le principe du relais.

Le projet initial demandé par le Domaine Musical devait être une œuvre pour percussions et cuivres intitulée Achos-Aphès-Phos conçue pour être donnée avec une sculpture cybernétique de Nicolas Schöffer.

1965

Mai : Xenakis obtient la nationalité française grâce à l’aide de Georges Pompidou et de Georges Auric.

20 mai : Paris, salle Gaveau, « Festival Xenakis », premier concert monographique, par l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris dirigé par Constantin Simonovitch et avec le pianiste Yuji Takahashi. Au programme : ST/10 - 1, 080 262, Herma, Analogiques A et B, Eonta, Syrmos (création), Atrées, Achorripsis.

Xenakis reçoit le grand Prix de l’Académie du Disque français.

1966

4 mars : Pithoprakta est donné à San Francisco sous la direction de Aaron Copland.

3 avril : création de Terretektorh au Festival de Royan par l’orchestre de l’ORTF, sous la direction de Hermann Scherchen. C’est la dernière œuvre de Xenakis que Scherchen créera avant sa mort.

Avril : Xenakis participe au colloque international « Musics of Asia » organisé par l’Unesco à Manille. Il y donne une conférence intitulée Structures hors-temps.

Achorripsis y est joué. Des concerts présentent également sa musique en confrontation avec des musiques traditionnelles philippines.

5 mai : création à Brême de Nomos Alpha par Siegfried Palm.

11 juin - 4 septembre : Oresteïa (première version) créée et donnée trois fois par semaine à Ypsilanti (Michigan).

28-29 juin : deux concerts de l’English Bach Festival sont consacrés à des œuvres de Xenakis, avec notamment la création de Akrata par l’Ensemble instrumental de musique contemporaine de Paris, dirigé par Charles Bruck.

29 juillet : exécution de Metastasis à Mexico.

Août : Xenakis donne des cours et des conférences pendant quatre semaines à l’institut Torcuati di Tella de Buenos Aires dirigé par Alfredo Ginastera.

20 décembre : Fondation de l’EMAMu (Équipe de Mathématique et d’Automatique musicales) par Marc Barbut, François Genuys, Georges Guilbaud et Iannis Xenakis qui en assure la direction. Cette structure est rattachée au Centre de Mathématiques sociales de l’École pratique des hautes études (EPHE). Siègent entre autres à son conseil scientifique Mikel Dufrenne, Paul Fraisse, Robert Francès, Claude Lévi-Strauss, Olivier Revault d’Allonnes.

Les activités de l’EMAMu s’orientent selon deux axes : d’une part une activité pédagogique avec de l’enseignement théorique et des séminaires ; d’autre part une activité de recherche, fondamentale et appliquée (en particulier à la « composition lumineuse »).

1967

Janvier : publication de « Vers une métamusique » dans le no 29 de la revue La Nef . Xenakis y analyse les échelles de la musique grecque antique et byzantine et y expose de manière détaillée sa théorie des « cribles ».

29 mars : création à Paris de Medea au Théâtre de l’Odéon sous la direction de Diego Masson, dans une mise en scène de Jorge Lavelli. Maria Casarès est Médée.

Pour le Pavillon français de l’Exposition universelle de Montréal, création du Polytope de Montréal, commande de Roger Bordaz. Il s’agit d’une architecture éphémère de câbles, installée dans un espace fonctionnel. Sur ces câbles sont répartis des haut-parleurs diffusant une musique écrite pour quatre groupes orchestraux identiques et 1 200 flashes de cinq couleurs (rouge, jaune, blanc, vert, bleu). La commande - sur pellicule cinématographique - est réglée au 25e de seconde, de manière à pouvoir donner l’illusion de mouvements lumineux continus.

Xenakis est invité à enseigner en tant que professeur associé à l’université de Bloomington (Indiana) qui lui promet de créer un Centre de musique mathématique et automatisée. Mais, d’année en année, le projet est repoussé. Xenakis démissionnera de son poste en 1972.

 
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