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Chronologie : 1955 - 1961

1955

Juillet : Xenakis publie « La crise de la musique sérielle » dans le premier numéro des Gravesaner Blätter. Ce texte correspond très probablement à une communication qu’il a faite au colloque organisé à Gravesano du 24 au 31 juillet par Hermann Scherchen sur le thème : « Was ist leichte Musik ? ».

Xenakis y dénonce le principe même de la série et l’organisation polyphonique qui en découle.

« [...] le système sériel est remis en question en ses deux bases, qui contiennent en germe leur destruction et leur dépassement propres :

a) la série ;

b) la structure polyphonique.

La série (de toute nature) procède d’une "catégorie" linéaire de la pensée. Elle est un chapelet d’objets en nombre fini. [...]

Le calcul combinatoire n’est qu’une généralisation du principe sériel. Il se trouve en germe dans le choix de l’arrangement original des 12 sons. [...]

La polyphonie linéaire se détruit d’elle-même par sa complexité actuelle. Ce qu’on entend n’est en réalité qu’amas de notes à des registres variés. La complexité énorme empêche l’audition de suivre l’enchevêtrement des lignes et a comme effet macroscopique une dispersion irraisonnée et fortuite des sons sur toute l’étendue du spectre sonore. Il y a par conséquent contradiction entre le système polyphonique linéaire et le résultat entendu, qui est surface, masse.

Cette cont radiction inhérente à la polyphonie disparaîtra lorsque l’indépendance des sons sera totale. En effet, les combinaisons linéaires et leurs superpositions polyphoniques n’étant plus opérantes, ce qui comptera sera la moyenne statistique des états isolés de transformation des composantes à un instant donné. [...] Il en résulte l’introduction de la notion de probabilité, qui implique d’ailleurs dans ce cas précis le calcul combinatoire. »

« La crise de la musique sérielle », dans Kéleütha. Écrits, L’Arche éditeur, 1994, p. 40-42.

15 octobre : création de Metastasis au festival de Donaueschingen par l’orchestre du Südwestfunk, sous la direction de Hans Rosbaud. Scandale dans ce haut lieu du sérialisme.

« Je fus plusieurs années proscrit de toutes les manifestations de musique d’avant-garde d’Allemagne ; toutefois, plus tard, c’est là que j’ai commencé à être connu [...]. »

« Entretien avec Mario Bois », Bulletin d’information, no 23, Boosey & Hawkes, 1966, p. 4.

Xenakis entre au Groupe de recherches de musique concrète (qui deviendra Groupe de recherches musicales en 1958) de Pierre Schaeffer, aux travaux duquel il participera jusqu’en 1962. La première œuvre qu’il y réalise est Diamorphoses.

1956

16 mai : naissance de sa fille Mâkhi Zyïa.

Juillet : publication dans le no 6 des Gravesaner Blätter de « Théorie des probabilités et composition musicale », qui sera repris dans Musiques formelles (La Revue Musicale, no 253-254, éd. Richard-Masse) : Xenakis y expose les lois stochastiques utilisées dans la composition de Pithoprakta à laquelle il travaille.

Il conçoit la Maison de la culture et de la jeunesse de Firminy. Octobre : il commence à concevoir les plans du Pavillon que la firme Philips a commandé à Le Corbusier pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, et pour lequel celui-ci avait simplement jeté l’idée d’une « structure creuse de forme libre ». À l’intérieur, des projections d’images et de lumières et une œuvre électroacoustique spatialisée seraient proposées aux spectateurs. Le Corbusier avait d’ailleurs imposé Varèse à Philips pour la réalisation de ce Poème électronique.

« C’était une occasion unique pour moi d’imaginer un édifice constitué, dans sa structure et dans sa forme, seulement par des paraboloïdes hyperboliques (P. H.) et par des conoïdes et qui soit autoportant. »

Iannis Xenakis, Musique Architecture, Casterman, 1976, p. 134.

Il reprend la structure graphique des textures de glissandi de Metastasis :

« Mes propres recherches musicales sur les sons à variation continue en fonction du temps [...] me faisaient pencher pour des structures géométriques à base de droites : des surfaces réglées. »

Musique Architecture, op. cit.

Pour la première fois, Xenakis entre en conflit avec Le Corbusier qui refuse de lui reconnaître la paternité de ce Pavillon qu’il a pourtant entièrement conçu. Le Corbusier acceptera finalement une cosignature de l’ouvrage.

Xenakis réalise également Concret P. H., brève œuvre de musique concrète alternant avec le Poème électronique de Varèse.

1957

Xenakis reçoit une bourse de la Fondation européenne pour la culture, dont le jury est présidé par Nicolas Nabokov.

8 mars : création de Pithoprakta au Festival Musica viva de Munich, par l’orchestre de la radio bavaroise dirigé par Hermann Scherchen.

1958

20 juillet : création de Achorripsis à Buenos Aires par l’orchestre du Teatro Colón dirigé par Hermann Scherchen.

Xenakis publie « À la recherche d’une musique stochastique ». Ce texte sera repris dans Musiques formelles (op. cit., p. 37). Il y explique les principes de composition stochastique utilisés dans Achorripsis, dont il analyse un extrait.

« Il y a avantage à définir le hasard comme une loi esthétique, comme une philosophie normale. Le hasard est la limite de la notion de la symétrie qui évolue. La symétrie tend à la dissymétrie qui équivaut dans ce sens à la négation des cadres hérités d’une tradition [...]. Tout se passe comme s’il y avait oscillations biunivoques entre la symétrie, l’ordre, le rationnel, et la dissymétrie, le désordre, l’irrationnel, et ceci dans les réactions entre les époques des civilisations. »

Gravesaner Blätter, nos 11-12.

Il fait la connaissance au GRM (Groupe de recherches musicales) de François-Bernard Mâche qui sera un de ses plus fidèles amis.

5 octobre : à Bruxelles, création de Diamorphoses, bande réalisée au GRM.

1959

Création française de Achorripsis à la salle Pleyel par Hermann Scherchen à la tête des Concerts Lamoureux. Hostilité des sériels et d’une bonne partie de la critique.

Été : création de Analogiques A et B par Hermann Scherchen au Festival de Gravesano.

1er septembre : Xenakis est licencié par Le Corbusier, ainsi que deux de ses collègues.

Création de Metastasis et Pithoprakta à Stockholm.

1960

Création française de Pithoprakta par Hermann Scherchen.

Xenakis est membre du jury de la Biennale du musée d’Art moderne.

Avec Michel Philippot, Abraham Moles et Alain de Chambure, il fonde le MYAM, groupe informel de réflexion sur les mathématiques et la musique.

Mai : à Cannes, présentation du court métrage Orient-Occident d’Enrico Fulchignoni, commandé par l’Unesco avec une œuvre électroacoustique homonyme de Xenakis. Il évoque ce film avec François Delalande.

Xenakis compose également Vasarely, pièce instrumentale (retirée du catalogue), pour un court métrage de P. Kassovitz et E. Szabó.

Il commence à publier dans les Gravesaner Blätter un long texte intitulé « Éléments de musique stochastique » dont la parution s’étendra en 1961 et qui constituera le chapitre ii, « Musique stochastique markovienne », de Musiques formelles. Il y propose une représentation granulaire du son et l’intégration d’une « mémoire » aux processus stochastiques avec l’utilisation de chaînes markoviennes.

1961

17-23 avril : il participe à Tokyo au congrès international « Orient-Occident » (« East-West Music Encounter »). Parmi les compositeurs occidentaux : Berio, Carter, Cowell, Sessions, ainsi que le musicologue Stuckenschmidt.

29 avril : il présente à Tokyo un concert de musique expérimentale, comprenant pas moins de dix-huit œuvres instrumentales et électroniques de compositeurs occidentaux.

Rencontre au Japon de Yuji Takahashi qui restera un de ses interprètes les plus dévoués ; le compositeur Toru Takemitsu le présente à Seiji Ozawa.

Xenakis compose Forme rouge (retiré du catalogue) pour un court métrage d’animation de P. Kamler.

Été : Scherchen lui demande de tracer les plans d’un auditorium à Gravesano.

 
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